En France, 85 % des dirigeants estiment que leur entreprise a un rôle à jouer dans la société au-delà de la création de valeur économique, selon une étude de l’Ifop publiée en 2023. Pourtant, seules 38 % des entreprises interrogées déclarent intégrer des objectifs sociaux ou environnementaux dans leur stratégie au quotidien.
Ce décalage alimente des débats sur la responsabilité réelle des entreprises face aux inégalités, à l’environnement et aux attentes croissantes du public. Les politiques publiques, les réglementations et la pression des consommateurs accélèrent la transformation des pratiques, modifiant progressivement les priorités du monde économique.
Le rôle social de l’entreprise : un enjeu majeur dans la société contemporaine
Produire des biens ou des services ne suffit plus. Aujourd’hui, l’entreprise s’impose comme une force sociale majeure, qui façonne la société autant qu’elle en subit les reflets. Le débat sur cette responsabilité traverse les décennies. Milton Friedman, en 1970, défendait l’idée que l’entreprise n’a qu’une mission : générer du profit. Cette vision a pris un coup de vieux. En France, la loi consacre désormais la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux, avec un cadre renforcé par l’article 1833 du code civil et la loi Pacte de 2019, qui réinterroge la raison d’être de chaque organisation.
Les attentes changent de visage. Fermer les yeux sur les défis sociétaux expose les entreprises à des remises en question. Les salariés veulent donner du sens à leur travail, les clients attendent des preuves d’engagement, les investisseurs demandent des garanties solides. La RSE ne se limite plus à une opération de communication : elle irrigue la stratégie, façonne la gouvernance. Les directions générales, épaulées par des comités spécialisés, fixent des objectifs clairs sur la diversité, l’égalité professionnelle ou la transition écologique.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 85 % des dirigeants français reconnaissent à leur entreprise un rôle social, mais seuls 38 % traduisent cette conviction dans des actions concrètes. Ce décalage alimente la défiance, mais il ouvre aussi la voie à une effervescence d’innovations sociales. Les programmes de mécénat de compétences, les politiques d’inclusion, ou les expérimentations de gouvernance partagée voient le jour. Entre exigences réglementaires et désir de transformation, l’entreprise devient un véritable laboratoire, à la croisée des priorités économiques, sociales et environnementales.
Pourquoi l’impact social des entreprises façonne-t-il notre quotidien ?
Aucune entreprise n’agit isolément. Chacune de ses décisions résonne dans la société, du bureau à l’ensemble du territoire. Le capital humain prend une place centrale. Un collaborateur écouté, formé, respecté, influe sur la dynamique collective bien au-delà de sa fiche de poste. Les politiques de ressources humaines qui misent sur l’équilibre vie professionnelle et personnelle, ou qui favorisent l’inclusion, irriguent tout le tissu social.
L’impact social s’étend à l’ensemble des parties prenantes. Clients, fournisseurs, collectivités locales et associations observent les choix des entreprises. Ils attendent des actes, pas des promesses. Sur le plan européen, la pression monte d’un cran : de nouvelles directives, comme la CSRD, imposent une transparence renforcée sur l’impact social et environnemental.
Les actions concrètes se déclinent à plusieurs niveaux :
- mise en place de dispositifs pour améliorer le bien-être au travail,
- programmes d’engagement local,
- création d’emplois adaptés pour des personnes éloignées du marché du travail.
L’impact social n’est pas un supplément de bonne volonté. Il tisse des liens de confiance, stimule l’innovation et redéfinit la place de l’entreprise dans la société. Par ses choix quotidiens, l’entreprise modifie la perception du travail et façonne de nouveaux équilibres. Chaque initiative, même discrète, peut transformer durablement le visage de notre société.
Des bénéfices concrets pour la société et pour l’entreprise elle-même
Le développement durable s’ancre désormais dans le réel. Les entreprises qui s’engagent dans des démarches sociales et environnementales solides renforcent leur présence locale et améliorent leur image. On est loin de la simple philanthropie. Les structures de l’économie sociale et solidaire, par exemple, dynamisent des territoires souvent laissés-pour-compte. Création d’emplois pour ceux qui peinent à en trouver, soutien à l’économie circulaire, collaborations inventives : chaque action contribue à l’essor d’un nouvel écosystème.
Sur le terrain, les bénéfices pour la société sont multiples. Accès à l’emploi de qualité, inclusion de publics fragiles, développement des compétences locales. L’environnement n’est pas en reste : réduction des déchets, préservation des ressources, lutte contre le gaspillage alimentaire figurent parmi les avancées concrètes. De leur côté, les collectivités locales multiplient les partenariats avec les entreprises qui agissent pour l’impact social.
Pour l’entreprise, l’engagement n’est pas une simple posture. Il se traduit par un climat social apaisé, une fidélisation accrue des talents, une attractivité nouvelle auprès des jeunes générations qui cherchent à donner du sens à leur activité. Les investisseurs réorientent leurs choix vers des sociétés qui s’engagent vraiment. La rentabilité et l’utilité sociale ne s’opposent plus : elles s’imbriquent pour redéfinir la performance. Progressivement, la frontière entre l’économique et le social s’efface, laissant place à une logique de création de valeur partagée.
Mesures, initiatives et perspectives pour renforcer l’engagement social des organisations
La responsabilité sociale des entreprises se traduit désormais par des démarches structurées, bien loin du simple affichage. L’essor du reporting extra-financier y joue un rôle décisif. Les sociétés cotées publient chaque année des indicateurs précis sur leurs actions sociales, environnementales et sociétales. Cette transparence permet d’évaluer concrètement l’impact des organisations. L’ISO 26000 ou encore le label B Corp offrent des outils de référence pour structurer et piloter ces efforts.
Les directions générales prennent la mesure du mouvement. À Paris comme à Chicago, la logique ESG (environnement, social, gouvernance) s’installe au cœur des stratégies, portée par les attentes des investisseurs institutionnels. Les PME s’emparent elles aussi du sujet : mécénat de compétences, emploi de personnes éloignées du marché du travail, achats responsables. Ces dispositifs, loin d’être anecdotiques, irriguent l’économie de proximité.
Reste la question de la mesure de l’impact social, qui demeure centrale. L’Impact Management Project s’attelle à harmoniser les méthodes, mais chaque secteur, chaque territoire, chaque structure garde ses spécificités. Les outils évoluent : on ne se limite plus à des chiffres, on intègre désormais une dimension qualitative, en associant toutes les parties prenantes. Cette diversité illustre la complexité de l’engagement social dans le monde professionnel d’aujourd’hui.
Voici quelques leviers concrets pour ancrer l’engagement social dans les pratiques :
- déploiement de référentiels RSE reconnus,
- implication active des conseils d’administration et des salariés,
- dialogue renforcé avec les collectivités locales.
Désormais, les entreprises qui savent intégrer l’impact social dans leur modèle ne s’imposent pas seulement par leur capacité à innover, mais par leur aptitude à façonner le monde de demain.


